Recyclage des emballages plastiques industriels : le virage incontournable pour le commerce de gros alimentaire

L’image du plastique a bien changé. Longtemps considéré comme un matériau miracle, pratique et économique, il est aujourd’hui au cœur des préoccupations environnementales et réglementaires. Pour les professionnels du commerce de gros alimentaire, cette réalité est double : les emballages plastiques sont indispensables pour garantir l’hygiène, la conservation et la logistique des marchandises, mais leur fin de vie est devenue un enjeu stratégique majeur. Face à la raréfaction des ressources et à une législation de plus en plus contraignante, le simple geste de jeter n’est plus une option. Le recyclage des emballages plastiques industriels s’impose comme une nécessité économique et écologique, transformant profondément les métiers de la filière.

Un cadre réglementaire en pleine révolution

Si tu penses que le recyclage des emballages plastiques est une option, détrompe-toi. Nous entrons dans l’ère de l’obligation. Je discutais récemment avec Sylvie Moison, directrice de Ligépack, une plateforme d’innovation sur l’emballage alimentaire. Elle m’expliquait : * »La nouvelle REP (Responsabilité Élargie du Producteur) pour les emballages de la restauration, entrée en vigueur en 2024, n’est que la première pierre d’un édifice bien plus vaste. Les professionnels doivent comprendre que leurs emballages ‘grand format’, ceux qui contiennent par exemple plus d’1,5 kg de produit, sont désormais tracés et soumis à une éco-contribution spécifique via Citéo Pro »*.

Mais ce n’est que le début. Le règlement européen PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), adopté en 2025, va tout changer. Concrètement, d’ici 2030, tous les emballages plastiques mis sur le marché devront être recyclables. Les objectifs sont clairs : réduction des déchets d’emballage de 5% par rapport à 2018, avec une limitation de l’espace vide à 50% dans les emballages de transport. Imagine : finis les cartons trop grands avec des coussins d’air inutiles ! Le législateur veut du « juste emballage ». Et ce n’est pas tout : l’intégration de matière recyclée post-consommation (PCR) deviendra obligatoire. Pour les emballages plastiques, les objectifs varieront de 10% à 35% selon les catégories.

Les solutions concrètes pour une logistique circulaire

Face à ce tsunami réglementaire, comment s’organiser ? La Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) a déjà publié des feuilles de route très concrètes. Dans le cadre du commerce de gros alimentaire, les fameux EIC (Emballages Industriels et Commerciaux) sont dans le viseur. Tu utilises des films de palettisation ? Sache qu’ils représentent à eux seuls 80% des 80 000 tonnes d’EIC achetés par les distributeurs. La solution passe par l’optimisation (films pré-étirés, réduction de l’épaisseur) et par le test de nouveaux conditionnements comme les points de colle ou les housses en résine 100% recyclable.

Le réemploi est l’autre grand chantier. Des entreprises comme Corplex l’ont bien compris. Leur slogan « Recycle to Reuse » n’est pas qu’une formule marketing. Ils ont développé un programme de récupération des plastiques qui permet de recycler vos anciens produits en fin de vie pour en fabriquer de nouveaux. L’analyse du cycle de vie est édifiante : une caisse plastique réutilisable affiche une empreinte carbone inférieure à celle du carton après seulement 6 rotations. Et quand on sait qu’elle peut supporter jusqu’à 40 cycles, les économies de CO2 atteignent -39%. C’est mathématique.

Innover pour mieux recycler : le rôle clé de la technologie

Le recyclage des plastiques n’est plus ce qu’il était. Fini le temps du déchet malodorant et hétérogène. Aujourd’hui, nous parlons de « broyat », de « granulés » et de « résines recyclées de haute qualité ». Des entreprises comme le Groupe Reborn ont fait de la circularité leur mission : « Nous proposons des applications 100% recyclables, et de préférence 100% recyclées. Nous offrons des produits recyclés premiums, aux qualités esthétiques et mécaniques très proches du vierge ».

Et pour y parvenir, il faut des outils. Pellenc ST, par exemple, conçoit des équipements de tri intelligents et connectés. Grâce à la spectroscopie infrarouge et à l’intelligence artificielle, leurs machines sont capables de trier les plastiques avec une précision inouïe. C’est cette technologie qui permet aujourd’hui à des recycleurs comme Papier-Mettler de proposer leur concept ecoloop : transformer des déchets plastiques en sacs et films de très haute qualité, réduisant ainsi drastiquement les émissions de CO2e. Nous ne sommes plus dans l’artisanat du recyclage, mais dans l’industrie 4.0 de la matière seconde.

Dialogue avec un expert : comprendre les défis du terrain

Moi : « Mathieu, tu es à la tête d’Embipack Nord, une entreprise spécialisée dans le réemploi des déchets souillés. Comment faites-vous pour transformer ce qui était un déchet en ressource ? »

Mathieu BERNARD, Ingénieur ISA Lille et dirigeant d’Embipack : « C’est une excellente question, car le défi est justement là : dans la souillure. Pendant longtemps, un film plastique qui avait touché de l’aliment était bon pour l’incinération. Nous avons développé un savoir-faire unique pour laver, broyer et régénérer ces plastiques. Depuis 2018, nous produisons des emballages en plastique recyclé à partir de ces gisements complexes. La clé, c’est de repenser la collecte en amont avec les industriels de l’agroalimentaire pour garantir la traçabilité et la qualité de la matière entrante. C’est un travail de partenariat étroit. »

Moi : « Donc, tu veux dire que le déchet d’un professionnel peut devenir la matière première d’un autre ? »

Mathieu BERNARD : « Exactement. C’est le principe même de l’économie circulaire. Nous ‘bouclons la boucle’, comme disent certains. L’industriel nous confie ses déchets, nous les transformons, et nous lui restituons un nouvel emballage performant. Cela réduit sa dépendance aux résines vierges, souvent issues de la pétrochimie, et valorise son image auprès de ses propres clients. »

Les avantages compétitifs pour le commerce de gros alimentaire

Alors, pourquoi, en tant que grossiste en alimentation, devrais-tu t’intéresser de près au recyclage des emballages plastiques ? Parce que c’est devenu un avantage concurrentiel majeur. D’abord, il y a l’aspect économique. Avec la raréfaction des ressources, le prix des résines vierges est volatile. En intégrant du recyclé, tu te prémunis contre ces fluctuations. Ensuite, il y a l’image de marque. Tes clients, qu’ils soient restaurateurs ou grandes surfaces, sont de plus en plus sensibles à l’impact environnemental des produits qu’ils achètent. Prouver que tu t’engages dans une démarche vertueuse est un argument de vente puissant. Enfin, il y a la pérennité de ton entreprise. Anticiper les obligations réglementaires, c’est éviter les mauvaises surprises et les surcoûts de dernière minute.

Focus sur les emballages plastiques industriels : FAQ

Q : Quels sont les types d’emballages plastiques industriels concernés par le recyclage ?
R : Une grande variété ! Cela va des films étirables et films rétractables utilisés pour la palettisation, aux caisses plastique réutilisables, en passant par les bidons, les sacs industriels, les big bags, et les emballages primaires comme les barquettes et les opercules pour les produits alimentaires transformés.

Q : Comment organiser la collecte de ces déchets plastiques au sein de mon entrepôt ?
R : La clé est le tri à la source. Il faut mettre en place des bennes ou des compacteurs dédiés par type de plastique (films PE, plastiques rigides PP, etc.). Des sociétés spécialisées comme Papier-Mettler ou Corplex proposent des programmes de reprise : tu stockes, ils collectent et recyclent. L’idéal est de travailler avec un partenaire unique capable de gérer toute la logistique inverse.

Q : Qu’est-ce que la « matière recyclée post-consommation » (PCR) ?
R : C’est tout simplement du plastique qui a déjà vécu une première vie. Il a été utilisé par un consommateur ou un professionnel, puis collecté, trié, lavé, broyé et régénéré sous forme de granulés. Ces granulés serviront ensuite à fabriquer de nouveaux emballages. La réglementation PPWR pousse fortement à l’utilisation de ce type de matière pour réduire l’utilisation de ressources fossiles.

Q : Est-ce que le plastique recyclé est aussi résistant que le plastique vierge ?
R : Les procédés ont énormément progressé. Aujourd’hui, pour de nombreuses applications, notamment les films et les caisses, les résines recyclées offrent des performances mécaniques très proches du vierge. Bien sûr, pour les emballages alimentaires en contact direct avec des aliments sensibles, la réglementation est plus stricte, mais les innovations technologiques permettent d’étendre sans cesse les usages possibles.

« Recycler aujourd’hui, c’est emballer demain. »

Voilà le slogan que j’aimerais voir fleurir sur les quais de nos entrepôts. Nous arrivons à la fin de ce tour d’horizon, et je dois dire que je ressens un certain optimisme. Bien sûr, le chemin est semé d’embûches techniques et administratives. La nouvelle REP, le règlement PPWR, les objectifs de réduction… de quoi filer des boutons à n’importe quel chef d’entreprise. Mais si l’on regarde le verre à moitié plein (en plastique recyclé, évidemment), on se rend compte que cette mutation est une formidable opportunité.

Je pense à Ludovic Courtier, directeur général d’Espri Restauration, qui pestait récemment contre le manque de visibilité sur les coûts des éco-organismes. Son coup de gueule est légitime, et il nous rappelle que la transition ne se fera pas sans dialogue et sans transparence entre les acteurs. Mais finalement, cette pression réglementaire nous pousse à être plus intelligents, plus sobres et plus innovants.

Alors, la prochaine fois que tu recevras une livraison de barquettes de viande ou de sacs de frites surgelées, observe bien leurs emballages. Regarde-les non pas comme un déchet futur, mais comme la ressource de ton prochain conditionnement. C’est un changement de paradigme, je te l’accorde. C’est un peu comme demander à un poisson de faire du vélo, sauf que le poisson, s’il ne pédale pas, il finira asphyxié dans une mer de plastique… Bon, l’image est peut-être tirée par les cheveux, tu ne trouves pas ? 😉 Mais tu vois l’idée. Nous sommes tous embarqués sur ce même navire, et il est temps de hisser la voile de l’économie circulaire. Cap sur le réemploi et le recyclage, moussaillons !

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