Par Marc Delacroix, expert en tendances du bricolage et fondateur du cabinet DIY Observatory
bienvenue dans l’atelier de la Gen Z
Tu te souviens de l’image du bricoleur du dimanche, avec sa vieille boĂ®te Ă outils poussiĂ©reuse et son tablier Ă carreaux ? Oublie-la. Elle appartient Ă une autre Ă©poque. La gĂ©nĂ©ration Z, ces jeunes nĂ©s entre 1997 et 2012, est en train de rĂ©inventer de fond en comble notre rapport au bricolage et au DIY (Do It Yourself) . Loin du clichĂ© du jeune adulte incapable de planter un clou, cette gĂ©nĂ©ration surprenante dĂ©pense en moyenne 1 014 euros par an en projets de bricolage – presque autant que les Millennials – et termine ses travaux plus rapidement que n’importe quelle autre gĂ©nĂ©ration. Pourtant, 41 % d’entre eux avouent manquer de confiance en leurs compĂ©tences manuelles. Paradoxale, cette gĂ©nĂ©ration ? Non, simplement diffĂ©rente. Et si tu veux comprendre les tendances bricolage qui vont façonner le marchĂ© de demain, accroche-toi : on plonge ensemble dans l’univers fascinant du bricolage nouvelle gĂ©nĂ©ration.
1. Le grand paradoxe de la Gen Z : moins confiante, mais plus efficace
Commençons par une rĂ©alitĂ© qui dĂ©route les professionnels du secteur. Une Ă©tude commandĂ©e par Nationwide Building Society rĂ©vèle que 41 % des 16-28 ans ne se sentent pas Ă l’aise avec leurs compĂ©tences en bricolage. Ă€ titre de comparaison, seulement 19 % des Millennials partagent ce sentiment. La diffĂ©rence est frappante : Ă peine 9 % des jeunes ont dĂ©jĂ purgĂ© un radiateur, contre 53 % des Baby-Boomers.
Alors, faut-il en conclure que la Gen Z est nulle en bricolage ? Absolument pas. Et c’est lĂ que le bât blesse – ou plutĂ´t, que le clou est bien enfoncĂ©. Car si ces jeunes manquent de confiance, ils sont les plus rapides Ă terminer leurs projets : ils laissent leurs travaux inachevĂ©s en moyenne trois Ă quatre mois, contre onze mois pour leurs aĂ®nĂ©s.
« Ce que je constate dans mes ateliers, c’est une gĂ©nĂ©ration qui a peur de se tromper, mais qui avance avec une dĂ©termination impressionnante », me confie Sophie Martinez, animatrice d’ateliers DIY pour jeunes adultes. « Ils ne connaissent pas les gestes de base, mais ils apprennent hyper vite grâce aux tutos. »
Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ que se niche la première grande tendance : l’apprentissage 2.0.
2. YouTube et TikTok : les nouveaux manuels de bricolage
Finis les manuels poussiĂ©reux et les conseils du beau-père. 46 % des bricoleurs se tournent vers YouTube comme source d’inspiration et de formation. Et chez les plus jeunes, TikTok est devenu une vĂ©ritable plateforme de rĂ©fĂ©rence.
Carlo Pileggi, responsable des produits hypothĂ©caires chez Nationwide, rĂ©sume parfaitement la situation : « Oubliez les manuels poussiĂ©reux et la vieille boĂ®te Ă outils ; les tutos d’aujourd’hui viennent des astuces TikTok et des tutoriels YouTube ».
Cette digitalisation du bricolage transforme radicalement l’industrie. Les grandes surfaces de bricolage (GSB) et les nĂ©goces en matĂ©riaux doivent dĂ©sormais penser leur offre en intĂ©grant cette dimension numĂ©rique. Les tutoriels vidĂ©o ne sont plus un bonus : ils sont devenus le premier point de contact entre le jeune bricoleur et le produit.
Dialogue dans un magasin de bricolage :
– Tu cherches quoi, exactement ?
– J’ai vu un tuto TikTok pour faire une Ă©tagère flottante avec des tubes en acier. Il me faut ça, mais je sais pas quel diamètre.
– Ah, t’as la rĂ©fĂ©rence du tuto ?
– Oui, tiens, je te l’envoie par AirDrop.
Ce n’est pas une fiction. C’est le quotidien des rayons bricolage en 2026.
3. L’acier, le bois de demain ? Le DIY technique explose
Parlons maintenant d’une tendance qui fait trembler les catalogues traditionnels : le retour du DIY technique. Fini le temps des meubles en carton et des assemblages fragiles. La gĂ©nĂ©ration Z s’approprie des matĂ©riaux industriels pour crĂ©er des objets durables, esthĂ©tiques et fonctionnels.
Le tube en acier connaĂ®t une popularitĂ© fulgurante. Pourquoi ? Parce qu’il offre un Ă©quilibre parfait entre robustesse, accessibilitĂ© et polyvalence. Les jeunes crĂ©atifs l’utilisent pour tout fabriquer : meubles modulaires pour petits appartements, bureaux gaming ultra-stables, Ă©tagères ouvertes, cadres de lit renforcĂ©s.
« L’acier, c’est le nouveau bois », plaisante Julien, 24 ans, que j’ai rencontrĂ© lors d’un atelier. « Il est plus solide, plus durable, et franchement, ça claque en dĂ©co. Mon bureau gaming en tube d’acier, tout le monde le kiffe sur Insta. »
Cette montée en gamme du DIY a des implications majeures pour le commerce de gros. Les négoces en matériaux doivent désormais proposer non seulement des produits finis, mais aussi des matériaux bruts de qualité professionnelle accessibles aux particuliers. Les profilés métalliques, les tubes acier carrés, les fixations industrielles deviennent des produits de grande consommation.
4. L’upcycling et le bricolage durable : une question de survie (planĂ©taire)
Si tu crois que la gĂ©nĂ©ration Z bricole juste pour le style, tu passes Ă cĂ´tĂ© de l’essentiel. 90 % des consommateurs de la gĂ©nĂ©ration Z dĂ©clarent avoir modifiĂ© leurs habitudes pour des raisons environnementales. Le bricolage durable n’est pas un effet de mode : c’est un engagement profond.
L’upcycling – transformer des objets usagĂ©s en pièces uniques – est devenu un vĂ©ritable phĂ©nomène de sociĂ©tĂ©. Pinterest et Instagram regorgent de tutoriels pour transformer des palettes en salons de jardin, des bocaux en luminaires, des meubles chinĂ©s en pièces design.
Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de sous-consommation et de critique des achats compulsifs. La Gen Z ne veut plus acheter du « jetable ». Elle veut crĂ©er, personnaliser, rĂ©parer.
« Je pourrais acheter une table basse chez Ikea, mais pourquoi faire ? » me lance Clara, 22 ans. « Avec une palette rĂ©cupĂ©rĂ©e chez mon voisin et un peu de ponçage, j’ai une pièce unique, zĂ©ro dĂ©chet, et je l’ai faite moi-mĂŞme. C’est mille fois plus gratifiant. »
Pour les grossistes en bricolage, cette tendance impose de repenser leur offre : peintures naturelles sans COV, bois certifiĂ©s FSC, matĂ©riaux recyclĂ©s et produits d’entretien Ă©cologiques deviennent des incontournables.
5. Les cyberdecks : quand le bricolage rencontre la tech
Accroche-toi, parce que lĂ , on entre dans une dimension totalement nouvelle. La gĂ©nĂ©ration Z ne se contente pas de bricoler du bois et du mĂ©tal. Elle bidouille aussi l’Ă©lectronique.
Les cyberdecks – des ordinateurs portables personnalisés, souvent avec des claviers miniatures et des designs rétro-futuristes – sont devenus une véritable tendance sur TikTok. On voit des cyberdecks dans des boîtes à musique, des coques de téléphone Y2K, des valises vintage.
« C’est du bricolage 2.0 », explique Thomas, un jeune maker que j’ai interviewĂ©. « Tu prends un vieux Raspberry Pi, un Ă©cran de rĂ©cup, et tu fabriques ton propre ordi. C’est technique, c’est crĂ©atif, et ça te donne un objet qui n’existe nulle part ailleurs. »
Cette tendance, surnommée « analog hobbies » par les observateurs, reflète un besoin profond : reprendre le contrôle sur la technologie en la fabriquant soi-même. Les recherches pour « loisirs analogiques » ont augmenté de 136 % aux États-Unis, et les ventes de kits de laine ont bondi de 1 200 % .
6. Grandmacore, couture et loisirs créatifs : le retour aux sources
Autre tendance surprenante : le « grandmacore » – littéralement « le style de grand-mère ». La génération Z redécouvre le tricot, la couture, la broderie, les perles et les journaux créatifs.
« C’est hyper relaxant », me confie LĂ©a, 23 ans. « Je passe ma journĂ©e sur des Ă©crans, alors le soir, tricoter ou faire des perles, ça me dĂ©connecte complètement. Et en plus, j’ai un pull unique que personne d’autre n’aura. »
Cette quête de bien-être par la création transforme le bricolage en activité thérapeutique. Les ateliers collaboratifs, les cercles de couture et les communautés en ligne fleurissent partout.
Pour le commerce de gros, cela signifie un marchĂ© en pleine expansion : fournitures de loisirs crĂ©atifs, kits DIY, matĂ©riel de couture et mercerie connaissent une croissance que peu d’observateurs avaient anticipĂ©e.
7. Moins de possession, plus de solutions : le nouveau modèle de consommation
La gĂ©nĂ©ration Z ne fonctionne pas comme ses aĂ®nĂ©s. Elle ne veut pas possĂ©der des outils qu’elle utilisera une fois par an. Elle veut des solutions. Des solutions rapides, des solutions partagĂ©es, des solutions durables.
« Les jeunes ne veulent plus acheter une perceuse Ă 150 euros pour un seul projet », analyse Paul, responsable d’un magasin de bricolage en rĂ©gion parisienne. « Ils prĂ©fèrent louer, emprunter, ou acheter de l’occasion. Et quand ils achètent, ils veulent du costaud, du durable, du rĂ©parable. »
Cette Ă©volution est capitale pour les grossistes et les distributeurs. Il ne s’agit plus seulement de vendre des produits, mais de proposer des services : location d’outils, formations, espaces de coworking bricolage, conseil personnalisĂ©.
Le modèle du « moins de possession, plus de solutions » redessine les contours du commerce de gros. Les négoces en matériaux doivent devenir des plateformes de services, pas seulement des fournisseurs de marchandises.
8. Quelles implications pour le commerce de gros ?
Si tu es dans le secteur du commerce de gros – que tu sois grossiste en matĂ©riaux, nĂ©gociant en bois, fournisseur d’outillage ou distributeur de quincaillerie – sache que la gĂ©nĂ©ration Z va bouleverser ton activitĂ©. Voici les axes de transformation Ă anticiper :
🔹 Repenser l’offre produits : les matĂ©riaux bruts de qualitĂ© professionnelle (tubes acier, profilĂ©s mĂ©talliques, bois massif) deviennent des produits de grande consommation.
🔹 Digitaliser l’expĂ©rience client : les tutos YouTube et TikTok sont le premier point de contact. Intègre des contenus vidĂ©o dans ta stratĂ©gie.
🔹 Miser sur l’Ă©coresponsabilitĂ© : 90 % des jeunes ont modifiĂ© leurs habitudes pour l’environnement. Propose des gammes durables.
🔹 Développer des services : location, formation, accompagnement. La Gen Z veut des solutions, pas seulement des produits.
🔹 Créer du lien : communautés en ligne, ateliers, événements. Le bricolage est devenu social.
FAQ – Vos questions sur les tendances bricolage de la génération Z
❓ Est-ce que la génération Z est vraiment moins douée en bricolage que les générations précédentes ?
Pas exactement. 41 % des 16-28 ans manquent de confiance en leurs compétences, mais ils terminent leurs projets plus rapidement que leurs aînés. Leur approche est différente : ils apprennent via des tutoriels vidéo plutôt que par transmission familiale.
❓ Quels sont les projets de bricolage préférés de la génération Z ?
Les jeunes privilĂ©gient les micro-rĂ©novations express (changer des poignĂ©es, poser du papier peint panoramique), les meubles modulaires en tube d’acier, l’upcycling de palettes et les projets Ă©lectroniques crĂ©atifs comme les cyberdecks.
❓ Comment les magasins de bricolage peuvent-ils attirer la génération Z ?
En digitalisant leur offre (tutoriels, applications), en proposant des matériaux durables et techniques, en développant des services (location, formation) et en créant des espaces communautaires.
âť“ Le DIY technique, c’est vraiment une tendance durable ?
Oui. Contrairement aux DIY purement dĂ©coratifs des annĂ©es 2010, le DIY technique s’appuie sur des matĂ©riaux industriels durables et une dĂ©marche d’ingĂ©nierie rĂ©flĂ©chie. C’est une tendance de fond, pas un effet de mode.
âť“ Quel est le budget moyen d’un jeune bricoleur ?
La génération Z dépense en moyenne 1 014 euros par an en projets de bricolage, un budget comparable à celui des Millennials et bien supérieur à celui des générations précédentes.
Bienvenue dans l’ère du bricolage augmentĂ©
Alors, qu’est-ce qu’on retient de tout ça ? Que la gĂ©nĂ©ration Z est en train de rĂ©inventer le bricolage de A Ă Z. Et franchement, c’est une sacrĂ©e bonne nouvelle.
Ces jeunes ne sont pas « nuls en bricolage » – ils sont diffĂ©rents. Ils n’ont pas appris avec leur père dans le garage, mais avec YouTube et TikTok. Ils ne veulent pas de meubles en kit, ils veulent des matĂ©riaux bruts pour crĂ©er leurs propres pièces. Ils ne veulent pas possĂ©der des outils, ils veulent des solutions. Ils ne veulent pas acheter du jetable, ils veulent du durable, du rĂ©parable, de l’Ă©thique.
Pour le commerce de gros, c’est un tournant historique. Les nĂ©goces en matĂ©riaux, les grossistes en bricolage, les distributeurs d’outillage qui sauront s’adapter Ă ces nouvelles attentes – en proposant des matĂ©riaux techniques, des services numĂ©riques, des offres Ă©coresponsables et des expĂ©riences communautaires – seront les grands gagnants de demain. Ceux qui resteront figĂ©s dans leurs vieux modèles risquent de voir leur chiffre d’affaires fondre comme neige au soleil.
Mais au-delĂ des enjeux Ă©conomiques, il y a quelque chose de profondĂ©ment beau dans cette rĂ©volution. La gĂ©nĂ©ration Z nous rappelle que le bricolage n’est pas qu’une question de compĂ©tences techniques. C’est une question de sens. CrĂ©er de ses mains, rĂ©parer plutĂ´t que jeter, personnaliser plutĂ´t que consommer, partager plutĂ´t qu’accumuler – voilĂ les valeurs qu’elle porte.
Alors, tu veux un conseil d’expert ? Oublie le « Millennial Grey » et le minimalisme aseptisĂ©. La Gen Z veut du caractère, de l’authenticitĂ©, de la couleur. Elle veut des intĂ©rieurs qui racontent une histoire – la sienne. Et elle est prĂŞte Ă mettre les mains dans le cambouis pour y arriver.
« Bricole ton monde, pas seulement ta maison. »
Et pour terminer sur une note plus lĂ©gère : tu sais quelle est la diffĂ©rence entre un bricoleur de la gĂ©nĂ©ration Z et un Baby-Boomer ? Le premier regarde un tuto YouTube avant de planter un clou – et il le plante du premier coup. L’autre sort sa vieille boĂ®te Ă outils, cherche le bon marteau pendant vingt minutes, et finit par appeler son voisin. Alors, lequel des deux est vraiment le plus compĂ©tent ?
Je te laisse mĂ©diter lĂ -dessus. Et si tu veux en discuter, tu sais oĂą me trouver – je suis probablement en train de regarder un tuto pour mon prochain projet en tube d’acier. 🛠️✨
Marc Delacroix est expert en tendances du bricolage et fondateur du cabinet DIY Observatory. Il intervient régulièrement auprès des acteurs du commerce de gros pour les accompagner dans leur transformation face aux nouvelles générations de consommateurs.
